Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier sur ALIGRE FM 93.1 en région parisienne

 

EMISSION DU 30 MAI 2006

Critique du libre-échange intégral et... néo-protectionnisme, par un qui n'est pas altermondialiste...

Avec Jean-Luc Gréau, économiste et consultant, auteur de L’avenir du capitalisme  

 

 Pascale Fourier: Et notre invité aujourd’hui...


Jean-Luc Gréau  : Jean-Luc Gréau, économiste et consultant, auteur de  L’avenir du capitalisme, livre paru en janvier 2005 aux éditions Gallimard, dans la collection le Débat.

Pascale Fourier: Ce dont je rêve moi, c’est que justement L'avenir du capitalisme soit le grand livre de l’été de tous les auditeurs de Des Sous et même au-delà, puisque c’est un livre qui m’a laissé pantoise d’admiration. Il y en a peu pour lesquels je suis aussi admirative. Il y a celui de Gérard Duménil, Crise et sortie de crise, mais celui-ci vient de quelqu’un qui n’est pas altermondialiste. Et ce qui est sidérant, c’est que vous faites une critique de la bourse, une critique argumentée du libre échange, et vous êtes à contre courant totalement de tout ce qu’on peut entendre dans les autres medias. Alors, critique du libre-échange, pourquoi ?

Jean-Luc Gréau : Critique du libre-échange, parce que le libre-échange tel qu’il a été conçu depuis une quinzaine d’années, tel qu’il s’est construit en particulier par la signature des accords de l’OMC en 1994 est un libre-échange quasiment inconditionnel, c'est-à-dire qu’on met en concurrence non pas seulement les entreprises, ce qui est normal - la concurrence des marchés, on met en compétitions des entreprises, des acteurs économique dénommés « entreprises » - , mais surtout les sites de productions. Autrement dit, on ne joue plus seulement sur les capacités de l’entreprise à créer le bon produit, à le faire efficacement, à savoir le vendre, mais aussi sur le fait qu'on peut faire travailler des gens, en Asie émergente, en Amérique latine, ou en Europe centrale, en Europe orientale, dans des conditions de travail et de rémunération infiniment plus médiocres qu’elles ne le sont aujourd’hui en Europe occidentale. Existe donc la possibilité pour ces entreprises d’abaisser leurs prix de revient de manière drastique. En même temps, cela signifie que les sites de production les plus anciens, ceux où sont nées, précisément, les industries, sont menacés, on le voit chaque jour, par des annonces de délocalisations.

Pascale Fourier: Mais, libre-échange, si je puis me permettre, ça veut dire quoi précisément ?

Jean-Luc Gréau : Libre-échange, d’abord, c’est le libre-échange des marchandises, bien sûr, et aussi le libre-échange des capitaux.

On va d’abord aborder la question du libre-échange des marchandises. Ca ne porte évidement que sur les marchandises qui sont transportables, ou les services qui sont transportables, donc qui prennent le bateau, qui prennent l’avion, qui prennent la route ou le chemin de fer. Ce libre-échange existe depuis longtemps dans des zones délimitées: la Communauté Européenne a été instituée en 1956 pour constituer un marché commun. La grande caractéristique de ce marché commun est double. Premièrement, il concerne des nations qui sont à peu près comparable, de par leur développement et de par le statut de leurs ressources humaines, le statut salarial de leur ressources humaines. Et ensuite, cette zone est relativement protégée de l’extérieur par un tarif extérieur commun. Pourquoi le fait-on ? Essentiellement pour au contraire inciter les entreprises européennes à travailler en compétition ou à s’unir entre elles pour former des groupes européens. Donc les pères fondateurs du marché commun avaient une idée radicalement différente du libre-échange par rapport à celle qui s’est imposée aujourd’hui, à la faveur du libre-échange mondial, libre-échange dont je dis qu’il est, dans son principe, inconditionnel.

Pascale Fourier: Quels changements, on pourrait dire idéologiques, y a-t-il eu entre ce libre-échange qui existait au sein de la communauté européenne, et puis cette volonté maintenant que ce soit étendu à l’ensemble du monde ?

Jean-Luc Gréau : Il y a le grand projet de mondialisation. L e grand projet de mondialisation est apparu essentiellement à la faveur de la chute du régime communiste. Là, j’enfonce une porte largement béante, mais on a pensé que du fait que les deux grands systèmes en concurrence ne l’étaient plus après la disparition de l’un des concurrents, le concurrent communiste, désormais la place était faite pour l’implantation d’un système unique à travers le monde: le capitalisme, du moins le capitalisme tel qu’il est conçu principalement à Washington. On a parlé du consensus de Washington, parce qu'il y a une doctrine économique qui est résumée dans ce consensus, et qui est inspirée à la fois par les marchés financiers et par les milieux politiques dirigeants des grands pays anglo-saxons. Et je nommerais seulement les deux capitales qui sont absolument déterminantes dans ce mouvement, c'est-à-dire Londres et Washington, la capitale de monsieur Tony Blair et la capitale de monsieur Georges Bush.

Pascale Fourier: Mais à terme, - en tous les cas quand j’écoute les autres medias - , on me dit que ca va être bien, cette histoire de libre échange: ça va permettre que justement chacun produise, chacun échange, et tout le monde va en profiter…

Jean-Luc Gréau : Il est évident que les échanges se développent à travers le monde; il est évident que le PIB mondial se développe, mais il se développe de façon très inégale. En réalité quand vous regardez les chiffres, vous vous apercevez qu’il y a une zone quasiment dépressionnaire, récessionniste, qui est l’Europe occidentale, la nôtre. Il y a une zone qui est hors jeu, c’est l’Afrique. Il y a une zone qui connaît une espèce d’ébullition économique, c’est l’Asie émergente. Il y a une zone qui s’accroît qui est l’Amérique du nord, mais essentiellement parce que le gouvernement et la Banque Centrale stimulent l’économie. Et il y a une zone dont les résultats sont tout à fait contrastés, mais qui est très fragile, qui est l’Amérique latine dans son ensemble.

Donc, en réalité, ce progrès économique ne bénéficie pas également aux différentes zones. Et surtout on aperçoit aussi l’apparition de nouveaux pauvres et de nouveaux riches, dans les différentes zones concernées. Chez nous, il y a de nouveaux riches, les traders par exemple, ou les agents immobiliers. Il y a aussi de nouveaux pauvres, les gens qui ne trouvent pas accès au marché du travail. En Chine, qui est dans une situation opposée, il y a de nouveaux pauvres, c'est-à-dire tous ces ruraux qui sont rejetés vers la ville où ils doivent travailler sans contrat de travail et sans aucune protection; il y a de nouveaux riches, qui, eux, profitent de la croissance locale. Donc il y a en même temps des inégalités croissantes à travers le monde du fait de cette mondialisation. Cela a été un peu dit, mais pas suffisamment dit, et surtout cela n’a pas été analysé de façon factuelle.

Pascale Fourier: Il y a quand même un petit quelque chose qui m’étonne dans ce que vous venez de dire précédemment.... Vous avez dit que certes les échanges se développent, mais de façon inégales, que l’Europe elle est dépressionnaire, l’Afrique hors jeu, etc. etc. Alors, pourquoi l’Europe, et éventuellement les Etats-Unis, soutiennent-ils cette forme d’organisation de l’économie , cette volonté de libre-échange et de mondialisation. Je ne sais pas... ils sont suicidaires ?

Jean-Luc Gréau : Je pense qu’il y a une prise de pouvoir, par étapes, qui s’est faite à partir de 1980, précisément avec le recul de l’économie keynésienne, et après l’effondrement des régimes socialistes de l’Est et de Chine. Et donc, à cette occasion, essentiellement des pouvoirs économiques et surtout financiers, basés à la Bourse, - la Bourse est un monde en soit, avec les banques d’affaires, les analystes, les auditeurs, c’est-à-dire les comptables, et tous ces gens-là, les traders bien sûr. Tous ces gens-là ont installé en quelque sorte une idéologie de circonstance dont le but était de valoriser au maximum l’activité des entreprises de façon à ce que le cours des actions monte, que les dividendes montent et qu’ainsi les actionnaires puissent en profiter largement. Dans le sillage de cette conception, bien entendu, la grande idée a été de dire: « Recherchons la main d’œuvre, recherchons la matière grise la moins chère possible, partout où elle est efficace, - il ne suffit pas que elle ne soit pas chère, il faut aussi qu’elle travaille bien - , et chaque fois que c’est possible, on pourra ainsi abaisser les prix de revient, et accroître la dure concurrence partiellement, la marge de l’entreprise ». Je pense que c’est vraiment à la bourse de New-York, à la bourse de Londres, dans les grandes Bourses, dans les grandes places financières mondiales que cette idéologie très matérialiste s’est constituée et a en quelque sorte pesé ensuite sur les pouvoirs publics, qui ont accepté, qui ont entériné, la proposition de libre-échange qui venait du monde économique et financier.

Pascale Fourier: Ca me semble ubuesque, que des gouvernements, que des politiques, soutiennent les intérêts d’entreprises qui n’ont finalement que faire de - je vais utiliser un mot terrible... - de l’intérêt national. Parce que ça me fait plaisir qu’on fasse travailler des chinois par exemple, mais les gens d’ici…

Jean-Luc Gréau : Alors d’abord les gouvernements se sont crus dépossédés du pouvoir de régulation de l’économie après la crise de l’économie keynésienne. Il y a cette période très importante des années 70 où on a commencé à s’apercevoir que le modèle d’après-guerre fonctionnait moins bien. Progressivement donc, ils ont abouti à un concept d’impuissance. Et donc qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien on transfère le pouvoir de régulation économique à deux instances qui sont les Banques Centrales - monsieur Greenspan bien sûr, monsieur Trichet – et aussi aux marchés financiers et principalement le marché des actions, où on va réguler l’action des entreprises, et même l’action des Etats, puisque les Etats s’endettent sur les marchés financiers à partir de ces marchés. Et en même temps ils se sont dit : « Nous, nous allons nous occuper du reste, et en particulier nous allons nous occuper de la gestion du secteur social de l’économie » . Ce préjugé l’a emporté.

Mais au fur et à mesure que l’expérience se développe - l’expérience a commencée il y a vingt-cinq ans, à peu près au moment où madame Tacher et monsieur Reagan sont arrivés au pouvoir - , on voit ses effets pervers apparaître de plus en plus fortement. Je vais illustrer encore cette question d’inégalités ou de déséquilibres, par un point très simple. Actuellement, 60% des conteneurs en provenance d’Asie qui accostent aux Etats-Unis en repartent à vide, c’est-à-dire qu’ils n’ont rien à rapporter en Asie. Pour l’Europe, c’est 41%. Ca vous donne une idée matérielle du déséquilibre en cause. Or la conséquence, c’est qu’on ne peut plus facturer le voyage retour et qu’on brûle des tonnes et des tonnes de fioul pour transporter de l’air. Ca vous dit bien le déséquilibre qui s’est institué dans les échanges entre l’Amérique du Nord d’un coté et l’Europe vis-à-vis de cette Asie émergente.

Pascale Fourier: Mais quand tout à l’heure je disais, justement, « suicidaire »… Actuellement, il y a des transferts de technologies vers la Chine, vers l’Inde... J’ai l’impression finalement qu’il ne va plus vraiment y avoir certains types d'entreprises en Europe puisque tout va être transféré dans les pays d’Asie…

Jean-Luc Gréau : Alors, bien sûr on ne peut pas dire « toutes les entreprises », parce que votre pizzeria de quartier, votre blanchisseur…, tout cela va rester sur place, tout ce qui est service de proximité ne peut pas être délocalisé. Donc il faut modérer ce point de vue. Mais c’est quand même suicidaire dans le principe pour deux raisons. La première, c’est que, effectivement comme vous le dites, nous transférons les technologies d’aujourd’hui à des pays qui sont déjà très bien outillés. Ils vont pouvoir nous concurrencer même sur le high tech. La chine est high tech, l’Inde est high tech, dans certaines portions de leur économie. Et puis en même temps, nous sommes de vieux pays: nous avons des populations vieillissantes, l’espérance de vie vient de dépasser les 80 ans en France en 2005, grande grande nouvelle ! Mais ça veut dire qu’on va devoir beaucoup dépenser pour ces populations vieillissantes. Donc si la base économique qui finance ce système de protection sociale rétrécit, eh bien les dispositifs de protection sociale vont s’effondrer et les comptes publics et sociaux vont tourner à la banqueroute. Donc il y a un double suicide en cours.

Mais les gouvernements continuent à penser que malgré tout, ils ont encore une marge de manœuvre. Alors là, je vais revenir sur un point que je n’ai pas évoqué et je le regrette, c’est qu' il y a dans nos élites, ou une partie de nos élites politiques, économiques, financières, même des personnes très intelligentes et de grande expérience, le préjugé que nous avons une ou plusieurs longueurs d’avance sur ces pays, c'est-à-dire que nous sommes plus forts qu’eux grâce à notre technique, grâce à notre recherche développement etc. Or, c’est de moins en moins vrai et ça ne sera plus vrai du tout dans quatre ou cinq ans. Ponctuellement l’Asie va nous dépasser dans très peu de temps. Par exemple, autre illustration, les jeunes français, les jeunes européens, les jeunes américains se détournent des carrières scientifiques, c’est ce que disent tous les présidents d’universités scientifiques. Mais en Asie, c’est l’inverse: les jeunes s’orientent vers les carrières scientifique et ils font les études sur place ou au Japon ou aux Etats-Unis ou en Europe, bien sûr. Donc, de ce côté-là, nous avons en réalité un mouvement de sens contraire de rattrapage accéléré par ces pays et en même temps la perspective d’un dépassement probable à relativement courte échéance.

Pascale Fourier: Si on suit la logique de l’affaire, à terme il faudrait que les protections sociales, en France, que le coût du travail s’abaisse pour pouvoir faire de la concurrence aux pays asiatiques....

Jean-Luc Gréau : Evidement, en toute logique rationnelle, je dis bien rationnelle, mathématique, une réduction drastique des rémunérations et des conditions de protections sociales de l’ensemble des personnes au travail sur les sites européens permettrait d’ajuster.

Mais, premièrement, je ne vois pas pourquoi on le ferait. Il n’y a pas de justifications, à partir du moment où cette rémunération, cette protection sociale, sont issus d’un progrès économique, qui s’est installé sur soixante ans, depuis la fin de la guerre, qui a été immense. Le PIB français a quand même été multiplié par 6 pendant cette période. La productivité à peu près d’autant. Donc, pourquoi priver les auteurs de cette richesse du bénéfice de cette richesse ?

Deuxièmement chacun imagine, sans évoquer le CPE ou d’autres épisodes mouvementés de notre Histoire sociale récente, que nous nous heurterions très rapidement à des mouvements de protestations, de blocage du système économique et social. Et on peut penser aussi que les salariés qui seraient victimes de ces modifications brutales de leur conditions seraient beaucoup moins incités à travailler efficacement qu’ils ne le sont aujourd’hui. Donc, cela ne me paraît pas envisageable.

Pascale Fourier: Alors quelles solutions ? Parce que là, vraiment, on fonce dans le mur…

Jean-Luc Gréau : La solution se résume en un terme abominable - mon éditeur a dit que c’était une sorte d’injure - , c’est le néo-protectionnisme. Il y a le mot « protectionnisme » dans néo-protectionnisme, mais le « néo » change tout. On n’est pas néoprotectionnisme comme on est protectionniste. Ca veut dire simplement qu' on s’adapte à des conditions de concurrence qui n’ont jamais existé auparavant. Jamais la France, jamais l’Allemagne, jamais l’Italie qui se trouve dans une situation extrêmement mauvaise, - monsieur Prodi l’a dit hier aux Italiens -..... Nous avons une équation économique absolument insoluble. Jamais nous ne nous sommes trouvés dans cette situation. Dès lors, il faut envisager un protectionnisme et un protectionnisme à la carte, par produit et par pays. Vous avez des bicyclettes qui arrivent d’Asie à des prix cassés : eh bien on fait un droit anti-dumping sur ces bicyclettes. Les voitures chinoises arrivent en Europe à partir de cette année. Depuis l’été 2005, la Chine est exportatrice net d’automobiles. C’est à dire que nos marchés vont compter au moins autant que le marché chinois pour ces producteurs. Nous ne pouvons pas exporter en Chine; nous pouvons produire sur place, pour le marché local, mais pas exporter en Chine. Donc il faut envisager un néoprotectionnisme.

C’est complètement à contre-courant de la doctrine bruxelloise, de la doctrine des marchés financiers, de la doctrine de l’OMC, qui pensent qu'il y a une division internationale du travail qui doit s’établir, en répartissant tel type de production sur tel continent, tel type de production sur tel autre continent etc. Or cela n’est pas ce que l’on constate au contraire: on voit une compétition de la part des pays que l’on considère comme émergents qui sont en fait avantagés.

Donc il faut mettre en place le néo-protectionnisme de façon adaptée et sélective. Je pense très réellement que ça devrait être quand même l’un des thèmes de la prochaine campagne présidentielle, de la prochaine campagne législative. Je crois constater une évolution des esprits à cet égard. J’espère qu'à cette occasion nous allons avoir un vrai débat, et non pas seulement des pétitions de principe du genre de celui du président de la République à Pékin qui a dit que la mondialisation es une chance pour la France... Mais il faut regarder les échanges entre la France et la Chine ! C’est 1 à 3 en terme d’exportations et d’importations; entre les Etats-Unis et la Chine, c’est 1 à 6, et le différentiel s’accroît de semestre en semestre. Donc c’est une chance pour Airbus, temporairement; c’est une chance pour Siemens, temporairement, et puis ce sera ensuite une catastrophe pour tout le monde.

Pascale Fourier: Mais est-ce que ça veut dire qu’on va planter des petites barrières tout autour des frontières de la France ?

Jean-Luc Gréau : Pas de la France, mais de l’Europe. Parce que le modèle pertinent, c’est la région économique, c'est-à-dire l’Union Européenne. J’aurais préférée que ce soit l’Union Européenne à 15, qui était quand même plus pertinente que l’Europe à 25 qui est devenue plus hétérogène. Sachez quand même que la Bulgarie et la Roumanie qui entrent l’année prochaine dans l’Union Européenne ont des conditions sociales qui ne sont pas très éloignées de l’Asie émergente. Le salaire minimum effectif en Roumanie doit être de l’ordre de 100 euros par mois, maximum. Donc de ce côté-là il y a une grande hétérogénéité. Néanmoins, c’est à l’échelon de l’Europe que cela peut se faire; c’est Bruxelles. Il faut que les conseils des ministres, les conseils des présidents, et les hauts fonctionnaires de Bruxelles admettent qu’ils se sont trompés quelque part dans leur adoption imprudente du libre échange mondial, et que dans l’intérêt des populations et des entreprises locales, il faut absolument mettre en place des protections minimales. Néo-protectionnisme, donc j’insiste sur le « néo »: on n’est pas néo-protectionniste comme on est protectionniste, c'est-à-dire il ne s’agit pas de nous protéger d’entreprises plus efficaces que nous, de nations plus efficaces que nous, mais d’entreprises ou de nations qui bénéficient de conditions de travail beaucoup plus favorables.

Pascale Fourier: Est-ce que ça veut dire pour autant qu’on interdira par exemple à une entreprise américaine de s’implanter en France ?

Jean-Luc Gréau : Non, bien sûr ! Des entreprises américaines en France, il y en a beaucoup. Vous savez que la France reste un siège d’investissements directs important; il y a aussi des asiatiques, comme les japonais, qui travaillent en France de façon importante. Actuellement nous avons deux mouvement: le libre- échange des marchandises, le libre échange commercial, et le libre échange des investissements directs. La liberté des investissements direct est effective. La France se réjouit, la ville de Lyon se réjouit, la ville de Metz se réjouit, la ville de Valencienne qui accueille Toyota se réjouit parce que de l’emploi arrive. Cette liberté des investissements direct existe, et elle n'est pas condamnable dans son principe, bien au contraire puisqu' à partir du moment où vous travaillez en France, en Allemagne, en Italie, en Suède, vous travaillez aux conditions locales, conditions de rémunérations fixées par le législateur ou par les conventions collectives, le code du travail est applicable, le code commercial est applicable, les mesures écologiques sont applicables, la sécurité civile doit être respectée. Tout cela est quand même tout à fait réconfortant, c'est-à-dire qu’on n’est pas dans une situation de concurrence sauvage, bien au contraire.

Pascale Fourier: C’était Des Sous ... et Des Hommes, avec Jean-Luc Gréau. Je vous rappelle qu’il a écrit L’avenir du capitalisme  publié aux éditions Gallimard, dans la collection Le débat. Et je garde Jean-Luc Gréau pour l’émission de la semaine prochaine qui devrait notamment nous parler de déflation salariale. A la semaine prochaine !

 

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l'usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous...et des Hommes du 30 Mai 2006 sur AligreFM. Merci d'avance.