Une émission proposée et présentée par Pascale Fourier sur ALIGRE FM 93.1 en région parisienne

 

EMISSION DU 17 OCTOBRE 2003

Baisse d’impôts et déficits…

Avec Liem Hoang Ngoc, Maître de Conférences à Paris I.

 

Pascale Fourier : Alors là j'avoue, je suis drôlement contente parce que je viens de payer mon dernier tiers provisionnel, et puis j'ai eu la chance et la joie extraordinaire de m'apercevoir que mes impôts avaient baissé ! Bon d'accord, de pas beaucoup, j'ai pu m'acheter une paire de chaussures, mais enfin du coup, ça m'a quand même interrogée… Parce que baisse d'impôts sur le revenu d'une part et d'autre part creusement des déficits… et ensuite tout le monde se met à piailler !!! Et pourtant, ça me semble logique : si on baisse les impôts, après il risque d'y avoir des déficits, non ?

Liem Hoang Ngoc : Le calcul de la droite libérale est que la baisse d'impôts est censée stimuler l'activité économique et que, en fin de course, l'activité économique plus forte, c'est plus de production, plus de gens qui travaillent, plus de gens qui payent des impôts, à taux réduit, et donc au bout du compte on a des recettes fiscales. Leur précepte de base étant "trop d'impôt tue l'impôt", eh bien ils estiment qu’ en baissant l'impôt sur le revenu, ceux qui entreprennent, ceux qui travaillent, seront enclins à le faire, et au bout du compte, cela accroîtra les recettes fiscales. Or, aujourd'hui ce schéma-là est en train de prendre l'eau puisque l'activité n'a pas repris suite aux baisse d'impôts, (qui ne datent pas de ce gouvernement : le gouvernement précédent avait déjà mis en place des baisses d'impôt sur le revenu), et la conséquence, c'est que l'activité n'a pas repris, et du coup, on a des déficits qui se creusent mécaniquement, puisque si vous avez moins d'activité, vous avez moins de gens qui payent les impôts, et donc les déficits se creusent mécaniquement. L'effet, si vous voulez qui s'est produit, c'est qu’ au lieu de stimuler l'investissement des entreprises, les baisses d'impôts ont gonflé l'épargne, ce qui est logique, puisque lorsque vous baissez l'impôt sur le revenu (c'est de cet impôt-là qu'il s'agit), vous distribuez du revenu vers les classes qui payent des impôts. En France, il n'y a que 50% des actifs qui payent des impôts, et les mesures qui ont été prises favorisent en premier lieu les classes moyennes et les classes à hauts revenus. Or ce sont des classes qui ont ce qu'on appelle une « propension à épargner » plus importante que les classes à bas revenus parce que, lorsque vous avez un revenu par exemple de 50000 francs, allez, un haut revenu, (je raisonne encore en francs vous voyez), lorsqu'on vous redistibue du revenu sous forme de baisse d'impôts, vous avez tellement consommé que, sauf si vous êtes collectionneur de Ferrari, vous n'allez pas nécessairement consommer, donc vous allez placer votre argent à la banque qui va se charger de le mettre sur les marchés financiers. A contrario, si vous êtes un ménage à bas revenu, au S.M.I.C., si on vous augmente votre revenu, vous allez le consommer au lieu de l'épargner parce que vous avez des besoins énormes. Donc là, les baisses d'impôts qui ont été faites ont plutôt stimulé l'épargne des hauts revenus. Alors pour les libéraux, ce n'est pas gênant, puisque pour les libéraux, l'augmentation de l'épargne, en théorie, c'est une augmentation de l'offre de capital, et donc on a plus de capitaux sur les marchés financiers qui sont mis à la disposition des investisseurs des entreprises qui demandent du capital. Donc ça devrait stimuler logiquement dans une économie de marché libérale l'investissement, la croissance etc. Or, ça ne s'est pas produit parce que cette épargne, qui aujourd'hui atteint quasiment 17% du P.I.B., - ce qui est un taux historique dans l'histoire économique de France- , eh bien cette épargne ne s'est pas convertie en investissement, elle a alimenté il y a quelque temps ce qu'on a appelé la « bulle spéculative » qui a éclaté depuis, ce qui revient, de fait, à avoir distribué du revenu en toute perte. On a gaspillé des deniers publics en redistribuant des revenus, en faisant cette redistribution à l'envers, vers des classes à hauts revenus qui ont quasiment dilapidé les deniers publics puisque, en les plaçant sur des valeurs qui se sont effondrées à la bourse, cela revient en fait à avoir dilapidé les deniers publics. Lorsque le CAC40 passe de 7000 à 3000 points, ça veut dire qu'il y a eu quand même quelques pertes...

Pascale Fourier : Mais ils sont sots, les libéraux ?? Comment c'est possible de ne pas se rendre compte de ça, enfin que ça va se passer comme ça ?

Liem Hoang Ngoc : Alors, ce qui est amusant dans cette affaire, c'est que les libéraux n'utilisent même plus l'argument selon lequel ces politiques pourraient être efficaces parce qu'elles stimulent l'offre. Là, on se rend bien compte que ce sont des politiques qui sont orientées vers l'offre, c'est-à-dire qu'elles vont essayer de stimuler l'offre de travail, l'offre de capital, comme on vient de le voir, et que, au bout du compte, ça n'a pas marché, et donc les libéraux aujourd'hui expliquent que ces politiques vont marcher dans le futur parce que les baisses d'impôts vont stimuler la demande, la consommation ! C'est ça qui est amusant, c'est que, alors qu’ auparavant ils faisaient feu de tous bois contre les keynésiens qui s'intéressaient avant tout à la demande, aujourd'hui ils utilisent des arguments quasiment keynésiens comme quoi leur politique a pour but de stimuler la demande. Or sur ce terrain-là, la mesure la moins appropriée pour stimuler la demande, c'est la baisse d'impôt sur le revenu des classes aisées ! Parce que, comme je viens de le montrer, ces classes-là ne consomment pas !

Pascale Fourier : « Stimuler la demande », ça veut dire faire en sorte que les gens aient des sous et qu'ils aient envie de les dépenser, c'est ça ?

Liem Hoang Ngoc : Oui, ça veut dire « stimuler la consommation des ménages », et ça veut dire aussi « stimuler la demande des biens d'équipement des entreprises », c'est-à-dire l'investissement des entreprises. Or aujourd'hui les entreprises n'investissent pas et les ménages ne consomment pas parce qu’ on a des politiques publiques et des politiques salariales d'entreprise qui se sont attachées depuis une quinzaine, une vingtaine d'années maintenant, à réduire la part des salaires dans la valeur ajoutée, et il fallait bien qu'à un moment donné, la consommation, qui a été le moteur de la croissance entre 97 et 2001 avec les exportations, il fallait bien qu'à un moment cette consommation finisse par se tarir, et c'est ce qui s'est produit. Quant à l'investissement, il y a une explication très simple. Pourquoi l'épargne dégagée ne s'est pas convertie en investissement ? Eh bien prenez aujourd'hui le fonctionnement du modèle dit « de gouvernance d'entreprise » qui s'est propagé en Europe et dans le monde, un modèle où les actionnaires demandent une rentabilité financière de 15% aux gestionnaires et aux cadres, eh bien vous n'avez pas un seul chef d'entreprise aujourd'hui qui osera prendre le risque d'investir, parce que 15% de rentabilité financière sur le court terme, c'est irréalisable ! L'horizon d'un investissement dans l'économie réelle, c'est le moyen terme, c'est 10, 15 ans, c'est ce qui se produisait pendant ce qu’on appelait la fameuse période des Trente Glorieuses où les investissements se faisaient à partir de prêts bancaires à taux extrêmement bas et donc on avait un horizon qui favorisait considérablement plus l'investissement qu'aujourd'hui où les actionnaires réclament en moins de deux ans du 15%. Donc personne ne va prendre le risque, ou alors on va truquer les comptes, comme ENRON l'a fait aux Etats-Unis. Et puis comme on n'a pas investi (si vous prenez la courbe des taux d'investissement en France, eh bien depuis le début des années 90 elle est en chute libre, alors que les taux d'épargne sont en constante augmentation, avec les taux de profit), et donc dans un contexte où l'économie n'investit pas, eh bien vous n'avez pas une augmentation de ce que l'on appelle l'efficacité des machines, l'efficacité du capital, ce qu'on appelle la « productivité globale des facteurs de l'économie » n'augmente pas. Donc pour obtenir cette rentabilité financière de 15%, la seule chose que vous puissiez faire, c'est comprimer la part des salaires dans la valeur ajoutée, d'où les politiques de modération salariale demandées par les entreprises et appliquées par les gouvernements, via les baisses de charges etc... Et d'où le fait que au bout du compte, eh bien on a une part des salaires dans la valeur ajoutée qui a tellement diminué, que la consommation finit par s'en ressentir, et donc on est, à mon avis dans une situation qui est structurellement récessionniste, et qui va nous amener, dans les 5 ans qui viennent grosso modo à renouer avec des taux de croissance extrêmement faibles, tels que ceux qu'on a vécus dans les années 90, disons de 93 à 97 où l'économie tournait autour de 1% de croissance.

Pascale Fourier : Des sous et des hommes et toujours en compagnie de Liem Hoang Ngoc, qui est Maître de Conférences en économie à Paris I. Alors, d'après ce que vous me dites, rien ne va, puis en plus de ça, ça risque fort de continuer à mal aller, et en plus de ça le déficit budgétaire va passer en dessus de la barre des 3% qui ont été définis par les critères de Maastricht. Du coup la France se fait taper sur les doigts, et si j'ai bien compris le gouvernement en place dit à peu près : "Je m'en fous, c'est comme ça !", ce qui me semble un petit peu étonnant, parce qu'en même temps, je ne vois pas très bien comment un gouvernement libéral peut dire "je m'en fous, de ces critères" parce que c'est quand même leur logiqe qui a mis ça en place, non ?...

Liem Hoang Ngoc : Oui, vous avez raison, les libéraux on poussé même en Europe pour que le critère de 3% soit remplacé dans le pacte de stabilité par l'équilibre budgétaire. C'était au sommet de Barcelone, il y a 2 ans maintenant. M. Chirac, lorsqu'il a été réélu, a eu à mon sens un certain courage ( vous allez me trouver paradoxal !...) , mais il a eu un certain courage parce qu'il est allé dans les sommets européens pour expliquer que la France allait renouer avec le déficit budgétaire. Qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit que la France ne réaliserait pas l'équilibre budgétaire en 2004, sauf si la croissance était au rendez-vous. Tout le monde prévoyait que la croissance allait se casser la figure. Donc ça voulait dire, si vous lisiez la phrase en sens inverse : « Eh bien, je vais m'autoriser à pratiquer le déficit budgétaire"… Bref, "je vais m'autoriser à faire intervenir la dépense publique dans l'économie, comme au bon vieux temps des politiques keynésiennes". Effectivement, les keynésiens sont absolument hostiles à l'équilibre budgétaire parce qu'ils estiment que, au contraire, en période de récession, il n'est pas inutile d'utiliser le déficit budgétaire, non pas pour faire du déficit budgétaire, mais pour financer des dépenses d'investissement public ou de redistribution, de telle sorte que cela engendre un effet positif sur la croissance (les keynésiens appellent ça un « effet multiplicateur ») qui provoque cette multiplication de la production qui engendre en fin de course des recettes fiscales qui finissent par équilibrer le budget. Bon, mais M. Chirac n'est plus keynésien. Les Gaullistes ont été keynésiens pendant les Trente Glorieuses, ils ne le sont plus malheureusement, et le gouvernement Raffarin, qui donc disposait des marges de manoeuvre ainsi dégagées par M. Chirac, les a déjà gâchées ! Il les a gâchées par les baisses d'impôts puisque ces marges de manoeuvre ont été utilisées pour distribuer à l'envers du revenu en faveur des classes moyennes et des classes aisées dont les dépenses n'ont pas stimulé la croissance, puisque elles n'ont pas dépensé, elles ont épargné. Donc ici, moi je trouve que la Gauche fait un mauvais procès à la Droite lorsqu'elle la critique en disant que elle ne respecte pas le pacte de stabilité. Le vrai débat que devrait poser la Gauche, c'est que les marges de manoeuvre qui avaient été dégagées auraient pu être affectées autrement que dans les baisses d'impôts. Mais pour poser ce débat, il aurait fallu que la Gauche soit au clair sur le programme économique qu'elle aurait appliqué à la place de la Droite. On se souvient que la Gauche aussi avait pratiqué un certain nombre de baisses d'impôts. Or aujourd'hui, si l'on veut vraiment stimuler la croissance, eh bien dans un contexte de déprime de l'investissement, on aurait très bien pu utiliser les marges de manoeuvre pour stimuler l'investissement public qui aujourd'hui est considérablement déficient, et puis on aurait également pu redistribuer dans l'autre sens, vers les classes qui consomment, et cela aurait permis également de réduire les inégalités, la fameuse « fracture sociale », mais ça n'a pas été le choix de la Droite, et ce vrai débat de politique économique peut, à mon sens, revenir sur le tapis dans la période qui vient.

Pascale Fourier : Mais justement, est-ce que le gouvernement français en particulier ne serait pas devenu keynésien pur ? Parce que j'ai cru comprendre qu'il avait dans l'esprit avec les allemands, si j'ai bien compris, de se lancer dans un programme de dépenses européennes. Comme s'il y avait un espèce de grand pacte, cette fois, pour aller dans le sens de dépenses publiques au niveau européen, d'infrastructures diverses.

Liem Hoang Ngoc : L'aveu de la plupart des gouvernements libéraux aujourd'hui, c'est que les politiques purement libérales ont échoué, et qu'il va falloir renouer avec quelques remèdes keynésiens. Les Etats-Unis ont commencé. Depuis 1985, la politique monétaire américaine est une politique keynésienne. La Réserve Fédérale Américaine pratique des baisses de taux d'intérêts chaque fois que la récession s'annonce, ce qui lui permet de stimuler l'investissement et la consommation et aussi, puisque les autre pratiquent des politiques de fort taux d'intérêt, eh bien cela permet aussi de dévaluer le dollar et de stimuler les exportations américaines… Donc c'est des recettes plutôt keynésiennes, et puis le déficit budgétaire américain cette année est un des plus importants de l'histoire américaine, et donc ils sont véritablement en train de renouer avec une certaine forme dekeynésianisme pragmatique. En Europe, on se rend compte aujourd'hui que le fait de confier la politique industrielle aux marchés financiers, aux actionnaires, n'est pas nécessairement efficace. Ce n'est pas de nature à assurer un investissement suffisant et on est en train de réfléchir, là encore, à la manière qu'il conviendrait d'utiliser pour relancer l'économie. Alors les projets d'investissement entrent dans le cadre de cette réflexion, sauf qu’ on ne dispose pas en Europe pour le moment des instruments qui permettraient de relancer l'investissement public. Les directives européennes, on l'a vu avec ALSTHOM, interdisent désormais toute politique industrielle à l'échelle nationale, et puis la Banque Centrale Européenne est interdite de financer par la planche à billets les projets d'investissement. Et donc, qu'est-ce qui reste pour financer ça ? A l'échelle européenne, c'est le recours aux banques privées, ou bien à l'échelle nationale, c'est le recours à l'emprunt, puisque le troisième instrument de financement des budgets, à côté de la masse monétaire et de l'emprunt, c'est l'impôt. Or, comme on veut baisser les impôts, on n'a plus de quoi financer les dépenses avec les impôts. Donc la seule façon de financer ce genre de dépenses, c'est d'utiliser l'emprunt, ce qui veut dire que les Etats émettraient des bons du Trésor, ce qui exercerait une pression à la hausse des taux d'intérêt, puisque pour attirer les épargnants sur les bons du Trésor, il faudrait monter les taux d'intérêt.

Pascale Fourier : Aligre FM, des sous et des hommes, toujours avec Liem Hoang Ngoc, et alors je ne sais pas si je suis particulièrement obtuse, (il y en a qui ne comprennent pas les math, moi ça va), mais par contre je ne comprends toujours rien aux taux d'intérêt. C'est les taux d'intérêt sur quoi ?

Liem Hoang Ngoc : C'est les taux d'intérêt à court terme que pratiquent les banques. Et donc, ces taux d'intérêt à court terme que pratiquent les banques sont calqués, avec une marge en plus, sur le taux directeur fixé par la Banque Centrale, qui fixe grosso modo les conditions de refinancement de tous les agents économiques qui désirent emprunter des liquidités. Donc les taux d'intérêt ont une influence sur l'activité économique parce que si les taux sont bas, vous pouvez emprunter pour investir ou pour consommer beaucoup plus facilement que s'ils sont élevés. Donc, lorsqu'on dit que les banques centrales pratiquent des « politiques monétaires restrictives », ça signifie qu'elles relèvent les taux d'intérêt pour freiner la demande de crédits parce qu'elles estiment qu'une trop grande demande de crédit est de nature à relancer l'inflation. Par contre, lorsque les banques centrales baissent les taux d'intérêt, c'est qu'elles estiment que cela est nécessaire pour injecter du crédit dans l'économie, ce qui a un effet sur le gonflement de la masse monétaire, et donc dans ce cas-là, on a une augmentation de la demande, puisque il y a plus de gens qui vont demander des fonds pour investir et pour consommer. Mais certains pensent que faire ceci de façon excessive est de nature à relancer l'inflation. Donc en fait, dans les statuts de la Banque Européenne, désormais, il y a l'idée que la mission centrale de cette banque, c'est de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'inflation, d'où la prudence, aujourd'hui, des gouverneurs de banques centrales quand il s'agit de baisser les taux d'intérêt parce que vous avez un autre effet des variations des taux d'intérêt qui est l'effet sur le taux de change. Dans un univers où la mobilité du capital est parfaite, lorsque vous avez un différentiel de taux d'intérêt entre l'Europe et les Etats Unis, par exemple plus bas aujourd'hui aux Etats-Unis qu'en Europe, les capitaux à court terme affluent vers l'Europe, ce qui contribue à dévaluer le dollar. Et donc les américains jouent là-dessus parce qu’ un dollar plus faible stimule les exportations. Ils vendent moins cher leurs marchandises à l'étranger. Donc aujourd'hui vous avez un certain nombre de gens qui pensent que la Banque Centrale Européenne commet une double erreur parce que des taux d'intérêt encore trop élevés ne sont pas de nature à stimuler l'investissement et la consommation, et en plus ça produit l'effet pervers d’un euro surévalué par rapport au dollar qui pénalise les exportations.

Pascale Fourier : Comment c'est possible que la Banque Centrale ne pense pas comme vous ???

Liem Hoang Ngoc : La Banque Centrale n'est pas keynésienne ! La Banque Centrale est,…enfin M. Duissenberg et M. Trichet sont des gouverneurs connus pour leurs opinions monétaristes. Ils pensent que la politique macro-économique, c'est-à-dire l'utilisation de la politique monétaire et de la politique budgétaire, les dépenses publiques, ne doit surtout pas servir à stimuler l'activité économique. Ils estiment que la politique macro-économique ne sert à rien et que si vous stimulez les dépenses publiques, il faudra les financer, donc d'une façon ou d'une autre ça va créer des effets pervers, soit parce qu'il va falloir augmenter les impôts, soit parce qu'il va falloir augmenter les taux d'intérêt pour émettre les bons du Trésor, soit parce que, même si c'est interdit aujourd'hui, il faudra créer de la monnaie par la planche à billets et donc relancer selon eux l'inflation. Et puis ils estiment en dernière analyse que le privé fait tellement mieux que le public qu’ il faut laisser faire les forces du marché et que les seules réformes à appliquer sont des réformes « structurelles » sur le marché destinées à les rendre concurrentielles et efficientes. Donc les directives européennes aujourd'hui obéissent à la philosophie suivante : rendre le marché des biens le plus concurrentiel possible, d'où les privatisations, d'où l'interdiction de la politique industrielle des Etats-Nations et d'où le fait également que, sur le marché du travail, on estime que la seule façon de réduire le chômage, ce n'est pas de faire comme les keynésiens le recommandent, c'est-à-dire de stimuler la demande, etc..., mais c'est de pratiquer des réformes structurelles destinées à rendre le marché du travail plus flexible, pour améliorer la flexibilité de l'emploi, la flexibilité du coût du travail, etc... Donc on a bien des points de vue qui s'opposent et qui sont extrêmement tranchés. Vous voyez que ce n'est absolument pas un débat technique, c'est un débat qui est extrêmement politique.

Pascale Fourier : Eh bien merci Liem Hoang Ngoc, vous m'avez encore une fois complètement déprimée… La semaine prochaine, ça ne sera pas tellement plus réjouissant je le crains parce que nous écouterons Anne Cécile Robert du Monde Diplomatique et elle nous parlera de l'Europe. Est-ce que l'Europe est vraiment démocratique et est-ce que l'Europe prône ou pas le libre échange, est-ce que c'est ça son vrai socle de valeurs ?? Je pense que la réponse va être assez peu réjouissante…Bon alors pour tous ceux qui aiment la déprime, à la semaine prochaine !

 

 

Rappel : Vous pouvez imprimer ce texte. Quel que soit l'usage que vous en ferez, il vous est demandé de citer votre source : Emission Des Sous...et des Hommes du 17 Octobre 2003 sur AligreFM. Merci d'avance.